Dynamiser les échanges commerciaux dans la région sénégalaise de la Casamance

La route nationale RN6 traverse le centre de la région méridionale du Sénégal, reliant les champs fertiles de la Casamance aux marchés animés de la Guinée Bissau, de la Guinée (Conakry) et du Mali. Mais depuis peu, l'essentiel de la route se délabre, rendant l'accès des producteurs aux marchés difficiles, freinant ainsi la vente des produits et décourageant les consommateurs potentiels.

Dans le cadre de son Compact de 270 milliards FCFA de cinq ans avec le Sénégal, le Millennium Challenge Corporation a financé la réfection d'un tronçon stratégique de la Route Nationale 6, sur plus de 250 kilomètres de Kounkané à Ziguinchor. Cet important corridor est un investissement majeur du Projet Désenclavement de 163 milliards FCFA millions de dollars qui fait partie intégrante du Compact. Ce Projet est en train de promouvoir et de faciliter des volumes d'échanges nationaux et internationaux plus importants.

Les investissements du MCC en Casamance jouent un rôle important dans le développement économique de la région. En investissant dans les routes du sud de la Casamance, le MCC aide une région du pays historiquement enclavé à s'intégrer au reste du Sénégal ainsi qu'aux pays limitrophes –l'aide au développement du Gouvernement américain à l'endroit de la région de la Casamance concerne plusieurs secteurs notamment la santé, l'éducation, la croissance économique et la bonne gouvernance.

A quelque semaines de la clôture du Compact le 23 septembre 2015, les commerçants et les habitants des villes riveraines de la RN6 débordent d'optimisme à propos de ce que représente la nouvelle route pour leur famille et leur communauté.

Diaobé

Ibrahima Diallo

On l'appelle le marché d'Afrique de l'Ouest. Chaque semaine, des milliers de personnes affluent vers Diaobé, où les commerçants sénégalais vendent l'huile de palme de la Côte d'ivoire à des clients mauritaniens. Les Guinéens marchandent le tamarin auprès des vendeurs maliens. Sur un étal, les Gambiens et les Sierra-Léonais sont en concurrence , à qui fera la meilleure offre pour un sac d'arachide, plus loin, un commerçant vend un ballot de vêtements à un Bissau-guinéen.

Pour le plus grand plaisir des commerçants de Diaobé, la RN6 passe au cœur de ce marché, et depuis que des tronçons de la route rénovée sont ouverts à la circulation, les commerçants disent que la clientèle a augmenté.

«­Il y a beaucoup plus de voitures et plus de clients aussi­» fait remarquer Ibrahima Diallo, un vendeur d'huile de palme. «­Surtout depuis la fin du ramadan (en juillet), il y a de plus en plus de monde. C'est impressionnant­».

Mr Diallo avoue également que ses frais de transport ont considérablement baissé. Avant la réfection de la route, il fallait payer 37 dollars (environ 21 000 francs CFA) pour faire transporter ses produits par camion depuis Ziguinchor. Maintenant il paie moins de la moitié de cette somme (soit environ 16 dollars (9300 francs CFA)).

La plupart des produits agricoles en vente sur le marché arrivent plus vite et plus frais qu'avant, note Aminata Camara, 48 ans, vendeuse depuis presque 20 ans d'huile de palme, de tamarin et de haricots au marché de Diaobé.

«­Les gens viennent en masse­» renchérit-elle. Ses affaires se sont améliorées.

Elle a déjà des projets pour ses revenus supplémentaires: une meilleure alimentation, le paiement des frais de scolarité et des consultations auprès du médecin pour ses sept enfants.

«­J'entrevois une meilleure vie pour ma famille dans les prochaines années­», confie-t-elle.

Kolda

Souleymane Diop

«­La route était vraiment dans un mauvais état­» observe Mr Diop, 67 ans. «­Cela rendait la vie vraiment plus difficile pour les gens de cette zone ». Toute sa vie durant, Souleymane Diop a été vendeur de fruits, légumes et noix de cola au marché de Diaobé à Kolda. Mais avec la route en mauvais état et le pont obsolète qui enjambe le fleuve Casamance pour aller au centre de Kolda, décourageaient les clients potentiels et leur coutaient de l’argent.

Aujourd'hui, le nouveau pont au-dessus du fleuve Casamance est un signe visible du Compact du MCC et représente le symbole d'un commerce dynamisé. Le pont de 90 mètres de long permet de relier les marchés et de baisser les coûts pour les exploitants agricoles, les commerçants et les transporteurs qui pourront livrer leurs produits à Ziguinchor et sur les marchés internationaux de façon plus efficace. Le pont a également pour but de promouvoir la sécurité alimentaire, la santé et l'éducation pour la population de la région.

Selon Mr Diop, à la suite de l’ouverture de la nouvelle route nationale et du pont, la clientèle a augmenté et ses revenus ont suivi la même tendance.

«­Un investissement tel que celui-ci n'est pas uniquement à l'intention des habitants de Kolda ou de la Casamance, ou même de tout le Sénégal­», estime-t-il. «­En fait, il profite à toute la sous-région­».

Tanaf

Ibrahima Gomis

L'ancienne RN6, criblée de nids de poules était autant une bénédiction qu'une malédiction pour la population de Tanaf. Parce que la route traverse la ville, la population de la ville et des pays limitrophes, notamment de la Gambie et de la Guinée Bissau venaient y établir leur marche hebdomadaire. Mais le mauvais état de la route réduisait le nombre de clients d’année en année.

L'état déplorable de la route coûtait du temps et de l'argent aux habitants. Les exploitants agricoles de la région récoltent principalement les mangues mais à cause de l’état de dégradation de la route, les mangues étaient inconsommables avant d’arrivée dans les marchés environnants. L’accès difficile du marché local faisait que les mangues se gâter sur les étals.

«­Nous avons beaucoup de ressources ici, mais nous ne pouvions pas les exploiter parce que que les routes n'étaient pas en bon état­» fait noter le maire de Taraf, Ibrahima Gomis.

A peine l'équipe de construction mettaient les dernières touches sur la route nationale nouvellement réhabilitée, la commune commençait à louer les places d'un nouveau marché qui selon Mr Gomis devrait renforcer l'activité économique de la région.

Il y a des petites cantines, des équipements de réfrigération pour le poisson, des hangars et des dizaines de tables en béton destinées aux commerçants locaux qui viennent y vendre des denrées telles que les mangues, les oranges, le pain de singe, les citrons et le miel.

«­A la différence de l'ancien marché – qui comptait une rangée d'étals en bois au bord de la route – le nouveau marché permettra aux commerçants de poursuivre la vente durant la saison des pluies. Il permettra aussi d'améliorer la sécurité au bord de la route autant pour les vendeurs que les automobilistes­» observe Mr Gomis.

«­La population nous a demandé quels sont les projets qui les aideraient à sortir de la pauvreté” rajoute-t-il. “ Ce type de projet compte parmi ceux qui marchent­».

Ziguinchor

Mamadou Ba

Mamadou Ba conduit son véhicule «­7 places­» de Diaobé à Ziguinchor environ 3 fois par semaine, il dit que la nouvelle route a réduit son temps de trajet de plus d'une heure.

«­La différence est énorme­» assure Mr Ba, âgé de 56 ans et père de cinq enfants. “Je conduis sur cette route depuis plus de cinq ans et il n’y a pas de doute, elle n'a jamais été dans un aussi bon état. C'est parfait à 100 pourcent.”

L'usure de l'ancienne route a bien malmené son véhicule. Les pneus éclataient à cause des nids de poule. Les freins s'épuisaient très vite. Les secousses sur le trajet détruisaient les organes de son véhicule.

Mr Ba a constaté que ses frais d'entretien ont baissé de plus de la moitié et il consomme beaucoup moins de carburant. Avec ces économies, il entrevoit une activité en croissance.

«­Je voudrais acheter un autocar, pour transporter plus de passagers, dit-il. “Et un jour peut-être, un autobus. Ce n'est que le début­».

D'autres avantages sont encore attendus. Le Gouvernement du Sénégal terminera un tronçon de route à proximité de Ziguinchor, il ne sera pas prêt avant la fin du Compact à cause du retard dans la construction.

18 août 2015

Scott Fontaine